20 mars 2008 - La France en Bulgarie
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20 mars 2008

AFFAIRES INTERIEURES

CRIMINALITE

« Ce n’est pas par hasard que j’ai appelé à maintes reprises à procéder à des destitutions à haut niveau. Et ce n’est pas parce que c’est moi-même qui le veux, mais parce que l’Etat s’engage dans une spirale de perte de confiance à l’égard de toutes les institutions ». C’est ainsi que le maire Borissov et leader informel de G.E.R.B. (Citoyens pour un développement européen de la Bulgarie - centre-droite), a commenté les derniers scandales surgis au sein de la Direction générale de lutte contre le crime organisé. Selon Borissov, les scandales de corruption, la suspension des fonds européens, les ministres à double identité auraient déjà montré que l’Etat est en auto-pilote. Le dirigeant de G.E.R.B. affirme par ailleurs que le Premier ministre Stanichev aurait été informé en temps utile des « magouilles mais n’aurait pas pris des décisions adéquates ».

« La corruption a envahi l’Etat entier », a déploré hier le dirigeant de l’UFD (Union des forces démocratiques - droite), Plamen Youroukov. Il a jugé à la fois « tragique et ridicule » ce qui se passe dans les hauts échelons du pouvoir en évoquant notamment les scandales à la direction de lutte contre le crime organisé et celui du vice-ministre M. Tchaouchev et de sa double identité. Il a réclamé la démission du ministre de l’Intérieur, Roumen Petkov. (Troud)

GOUVERNEMENT

Se référant à ses propres sources informées, Monitor croit savoir que le destin du cabinet Stanichev aurait déjà été décidé lors d’une réunion secrète des leaders des trois partis de la coalition. La réunion se serait tenue vendredi dernier, le jour même où M. Stanichev était rentrée de Bruxelles. Le quotidien rappelle que dans le cadre de ses entretiens dans la capitale européenne, le Premier ministre aurait admis la possibilité de chercher des responsabilités politiques et administratives en raison de la suspension des fonds européens dans le cadre des programmes PHARE, ISPA et SAPARD. C’est à ce moment que les partenaires européens auraient réclamé la prise de mesures concrètes pour assurer la bonne absorption des fonds dont des remaniements ministériels. Monitor croit savoir que le départ de M. Bliznakov du poste de ministre de la défense serait certain en raison de l’échec de la réforme dans l’armée. Le ministre de l’Agriculture, Nihat Kabil, serait sur la sellette en raison des affaires de détournements de fonds européens. Le troisième ministre visé serait celui de la Santé, Radoslav Gaïdarski. Le limogeage de Roumen Petkov n’est pas non plus exclu. (Monitor)

ECONOMIE

BULGARIE - ALLEMAGNE

« Je saisis l’occasion pour vous associer à une cause bulgare - la réouverture des 3ème et 4ème tranches de la centrale atomique de Kozlodouï ». C’est ce qu’a déclaré hier le ministre de l’Economie et de l’Energie, Petar Dimitrov, au cours des entretiens menés avec la délégation officielle dirigée par le Ministre-Président du Land de Bade-Wurtemberg. « Il n’y a pas de déficit d’énergie en Bulgarie mais il y en a dans les Balkans. Il existe de ce fait un danger réel de voir le nouvel Etat du Kosovo en pénurie d’énergie électrique. L’arrêt anticipé des deux blocs de Kozlodouï a été décidé de manière purement politique », a aussi souligné le ministre. Le Ministre-Président du Land de Bade-Wurtemberg et le ministre Dimitrov ont été unanimes pour constater que le sort des réacteurs ne devrait être décidé qu’en fonction de critères purement techniques, relatifs à la sécurité nucléaire. Les deux parties se sont aussi mises d’accord sur la prise de mesures visant à l’encouragement des investissements allemands en Bulgarie en direction des petites et moyennes entreprises et à la formation d’étudiants. (24 Tchassa, Sega)

CHANGE

Taux de change de la devise américaine par rapport au lev, publié par la BNB :

1 USD - 1,246 leva

RELATIONS INTERNATIONALES

KOSOVO : RECONNAISSANCE

L’ensemble de la presse abonde en informations sur la diffusion de la déclaration tripartite, par laquelle la Bulgarie, la Croatie et la Hongrie déclarent qu’elles reconnaîtront l’indépendance du Kosovo, en travaillant parallèlement en faveur de l’avenir européen de la Serbie. Le presse se fait l’écho des déclarations des principales forces politiques. Le Président Parvanov a qualifié la déclaration tripartite d’ « approche raisonnable ». Il a déclaré que la situation à Kosovska Mitrovitsa continue d’être inquiétante et qu’elle devra être prise en compte par le gouvernement. Il a noté que la Bulgarie tient compte des réactions possibles de ses voisins. Mme Guergana Gratcharova, ministre des Affaires européennes, a qualifié la déclaration tripartite de « décision honnête et d’expression de responsabilité régionale ». Elle a annoncé que 63% des pays membres de l’UE et 64% des pays membres de l’OTAN ont à ce jour reconnu l’indépendance du Kosovo. La position du gouvernement a été défendue également par le PSB. Le vice-président du MDL, Unal Lutfi, a déclaré que la reconnaissance du Kosovo est un acte politique important, qui va être apprécié dans dix ans. « Nous nous attendons à ce que le MDL déclare officiellement qu’il ne se servira pas du précédent de la reconnaissance du Kosovo pour encourager des tendances séparatistes dans une partie du territoire bulgare » , a déclaré le député du parti DBF Konstantin Dimitrov. Il estime cette démarche du gouvernement bulgare tardive. « Le gouvernement doit être félicité à l’occasion de cette décision », a déclaré le chef de la Commission parlementaire de politique étrangère, Solomon Passi, selon lequel, en reconnaissant le plan Ahtissaari, l’UE a en effet reconnu le Kosovo. On offre désormais la possibilité à la Serbie de s’engager sur « la voie rapide » vers l’UE, a-t-il ajouté. L’ORIM a déclaré qu’elle a toujours été en faveur de la reconnaissance du Kosovo. Selon Ataka, il s’agit d’une « trahison nationale ». M. Lubomir Kiutchoukov, vice-ministre des Affaires étrangère, en charge des Balkans, dément catégoriquement les rumeurs selon lesquelles la Bulgarie aurait été soumise à la pression de l’UE pour reconnaître le Kosovo. « La Bulgarie prend ses décisions en se fondant sur ses propres intérêts nationaux. Aucune pression ne lui a été exercée et encore moins de la part de Bruxelles », a-t-il ajouté. (Standart) Selon le maire de Sofia, la décision du gouvernement est tardive. La presse fait également état d’une déclaration de 100 intellectuels bulgares par laquelle ceux-ci s’opposent à la reconnaissance du Kosovo. « Nous allons tous payer le prix de la politique nationale dénonciatrice des autorités actuelles », est-il, entre autres, dit dans cette déclaration.(Troud, Sega, Standart) Selon une source diplomatique, la Bulgarie et la Hongrie sont invitées à s’associer au groupe international d’administration du Kosovo. Ce groupe pourra influencer la prise de décisions politiques du Kosovo, mais ne pourra pas sanctionner les décisions du Parlement ou du gouvernement kosovars.

« A part les principes d’inviolabilité des frontières, il existe un autre principe international fondamental, celui de l’autodétermination des peuples », déclare M. Nikola Kitsevski dans Troud, commentant la décision du gouvernement bulgare de reconnaître l’indépendance du Kosovo.

« Si le gouvernement avait cherché le moment le plus inapproprié pour la reconnaissance du Kosovo, il l’a bien trouvé », estime M. Svétoslav Terziev dans Sega. D’après lui, la Bulgarie envisageait d’agir conjointement avec la Grèce et la Roumanie pour garder le plus longtemps possible son amitié avec la Serbie. Malheureusement, l’ambassadeur Beyrle l’a sommée à agir. Un diplomate bulgare ayant requis l’anonymat, a déploré hier devant Sega : « Nous nous comportons comme une république bananière ». L’auteur s’interroge aussi sur les profits que la Bulgarie pourrait tirer du fait de la reconnaissance du Kosovo. Ainsi, les Etats-Unis ont promis d’entamer bientôt des négociations sur la suppression des visas concernant les ressortissants bulgares. Ce serait aussi le moment d’obtenir un compromis de l’Autriche pour la réouverture des réacteurs 3 et 4 de la centrale de Kozlodouï.

UE

Le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso se rendra pour une brève visite, le 28 mars à Sofia. La visite sera d’ordre politique. Les entretiens porteront sur un large éventail de sujets européens », a déclaré la porte-parole de M. Barroso. Celui-ci s’entretiendra avec le Président Parvanov et le Premier ministre, M. Stanichev. M. Barroso sera décoré par le chef de l’Etat de l’ordre de Stara planina 1er degré. (Troud)

MALAWI

« Le Président malawien est très offensé à l’égard de la Bulgarie en raison du comportement des autorités bulgares. Faisant récemment escale à l’aéroport de Sofia, en route vers Lisbonne, il a été obligé de rester à bord de l’avion, sans autorisation de descendre. C’est ce qui a été annoncé par Mme Joice Banda, ministre des Affaires étrangères du Malawi, lors de son entretien, hier, avec M. Feïm Tchaouchev, qui se trouve en visite à Lilongwe. Avant de se rendre au Malawi, M. Tchaouchev a visité la République Sud-Africaine et la Namibie pour y préparer la prochaine visite du Président Parvanov dans ces pays. M. Tchaouchev se rend aujourd’hui en Tanzanie. (24 Tchssa)

L’INTERVIEW DU JOUR

Entretien de Troud du 20 mars avec le maire de Blagoevgrad, Kostadin Paskalev

« Le Président doit être plus ferme à l’égard du cabinet »

- Comment les scandales de corruption et les décisions de suspension de fonds européens se répercutent-t-ils dans les municipalités ?

Tout le climat d’investissement est déterminé principalement par le gouvernement et dans une toute petite mesure, par les municipalités. Il y a de la corruption partout, l’avidité des gens est sans borne. Et se renforce encore plus quand il s’agit de personnes qui assument des fonctions publiques ou municipales. Seule la présence de règles claires et précises est à même de défavoriser les actes de corruption. Sans vouloir donner des conseils, je partagerais l’expérience que j’ai à Blagoëvgrad. Pour les trois premiers mois suivant mon élection au poste de maire, j’ai introduit de nouvelles cartes technologiques de services, j’ai totalement réorganisé le travail de la municipalité. Et si au début il y avait 1751 dossiers dont les délais de traitement avaient expiré, je n’en ai maintenant que 228. Chaque retard favorise la corruption. Les problèmes relatifs aux fonds européens ne découlent pas uniquement d’actes de corruption mais sont également dus au manque de formation de la part des départements municipaux et de l’Etat. Il existe des problèmes lors de l’absorption de ces fonds. En premier lieu, on permet au Fonds « Infrastructures routières républicaines » d’être redevable d’énormes montants vis-à-vis des sociétés exécutantes. Finalement, tout contrat qui admet des montants supérieurs au budget constitue une violation de la discipline financière dont il faudra tenir compte. Deuxièmement, il existe la pratique d’établir des annexes aux contrats, qui augmentent la valeur de celui-ci. C’est inadmissible. Mais il y a également autre chose. Les Européens se trouvent loin de la Bulgarie. Ceux-ci pensent que notre pays doit absorber moins de ce qui est prévu.

- Quels sont les plus grands problèmes de l’Etat qui nous empêchent d’avancer dans le domaine économique, de façon à ce que les gens le ressentent dans leur vie quotidienne ?

La combinaison populisme et absence de volonté empêche le plus souvent la réalisation des réformes. Après que le PSB a pris, lors d’un plénum, la décision d’effectuer une réforme du système des retraites, elle aurait dû manifester beaucoup plus de volonté et la réaliser. Peu importe si une partie des partenaires à la coalition s’y opposent. Nous ne pouvons pas laisser la plupart de la population vivre dans la misère. Nous ne pouvons non plus sous-estimer les problèmes de la santé. Ce n’est pas par la privatisation que nous les règlerons. J’affirme que la ville de Blagoëvgrad a besoin d’un nouvel hôpital. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la propriété, mais plutôt la qualité des services. De tels problèmes doivent être réglés sur un plan global. Il est inacceptable que le volume financier augmente sans cesse, alors que le niveau de la qualité des services dans santé est en chute libre. La troisième question est liée à l’éducation. La fermeture d’écoles où il y des classes d’un nombre réduit d’élèves est juste. Mais lorsqu’on prend de telles décisions, il faut tenir compte des tendances démographiques en perspective. Le problème de la formation professionnelle reste, lui aussi, en suspens. Elle doit correspondre aux besoins économiques des régions.

- Le Président Parvanov a plusieurs fois critiqué fermement le gouvernement au sujet des cadences des réformes. Y a-t-il des raisons lui permettant de soutenir cette position ?

Si je dis qu’il n’a pas de position ferme, on me dira qu’il renvoie des lois. Mais une autorité publique comme l’institution présidentielle devrait prendre position plus activement en ce qui concerne les problèmes importants de la société. Je ne suis donc pas satisfait de la déclaration du Président qui a dit qu’il attendait à ce que le drame comme celui de Tran se produise. Excusez-mois, mais si quelqu’un s’attend à ce que quelque chose arrive, il devrait prendre des mesures afin de le prévenir. Dans ce sens, je pense que le Président doit être beaucoup plus ferme et plus clair lorsqu’il formule ses exigences envers l’exécutif. Il est indispensable de mettre en place une novelle politique dans le domaine de l’éducation, de la santé, des soins pour les gens défavorisés - aussi bien enfants qu’adultes. Ce sont les groupes sociaux dont l’Etat doit s’occuper. Si ce dernier parvient à faire son boulot dans ces domaines, nous aurons un développement économique meilleur, des citoyens plus contents et de plus grandes chances pour les hommes politiques d’être approuvés par la population.


publié le 30.05.2008

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